Bonjour,
Vous pouvez utilement soulever en appel la question du mandat de protection future et de la loyauté des débats, mais l’ampleur des conséquences financières et pénales que vous envisagez apparaît très disproportionnée au regard du droit positif.
Mandat de protection future et loyauté
Le mandat de protection future permet d’organiser à l’avance la protection d’une personne dont les facultés sont altérées ; le mandataire la représente alors dans son intérêt.
En appel, vous pouvez demander à la Cour de vérifier la régularité de cette représentation (production du mandat, étendue des pouvoirs, capacité de la personne) et de tenir compte de ces éléments nouveaux.
Les parties sont tenues de respecter le principe de la contradiction et la loyauté des débats, dégagés notamment des articles 9 et 16 du Code de procédure civile et de l’article 6 §1 de la CEDH.
Si vos adversaires ont minimisé la vulnérabilité de la personne, cela peut être dénoncé comme un manquement à la loyauté, mais cela ne fait pas « tomber » automatiquement toute la procédure ; le juge en tirera les conséquences dans son appréciation du dossier.
Avocats et responsabilité
L’avocat a un devoir de conseil, d’information et de compétence envers son client ; sa responsabilité civile professionnelle ne peut être engagée qu’en cas de faute avérée (défaut de conseil, erreur manifeste, etc.), avec preuve d’un préjudice direct.
Quand il s’agit de l’avocat adverse, il n’a pas de devoir de protection à votre égard : obtenir 40 000 € pour vos heures passées, plus 5 000 € d’honoraires et 3 000 € déjà versés, serait très difficile à justifier juridiquement.
En pratique, le juge indemnise le préjudice réellement démontré, pas le temps subjectif que la partie dit avoir consacré à son dossier, et les condamnations au titre de l’article 700 du Code de procédure civile restent habituellement modérées.
Procédure abusive et pénalisation
Le droit d’ester en justice est protégé ; seule une procédure manifestement dilatoire ou abusive peut être sanctionnée par une amende civile, en application de l’article 32‑1 du Code de procédure civile, outre d’éventuels dommages‑intérêts sur le fondement de l’article 1240 du Code civil.
Brandir la notion de « bande organisée » suppose des infractions pénales graves (escroquerie, abus de faiblesse, faux, etc.), caractérisées et concertées, très au‑delà d’un simple conflit civil et d’éventuelles imprécisions sur la situation d’une personne vulnérable.
Une plainte pénale non étayée peut elle‑même être qualifiée d’abusive ; il est donc fortement conseillé de rester mesuré et de consulter un avocat pénaliste avant toute démarche.
Préjudice moral et attentes financières
Le préjudice moral est indemnisable, mais doit être prouvé (souffrances, troubles dans les conditions d’existence, certificats médicaux, témoignages).
Il n’existe pas de barème légal ; les juridictions allouent généralement des sommes de quelques centaines à quelques milliers d’euros dans les litiges civils courants, sauf situations particulièrement graves.
Au regard de cette pratique, les montants très élevés que vous envisagez (plusieurs dizaines de milliers d’euros) pour des manquements procéduraux allégués apparaissent juridiquement et pratiquement excessifs, ce qui risque de desservir la crédibilité globale de vos demandes.
En synthèse, la stratégie la plus réaliste consiste à : faire valoir en appel la situation réelle de la personne protégée et la loyauté des débats, demander une indemnisation mesurée (préjudice moral, article 700), et discuter avec votre avocat de l’opportunité d’éventuelles démarches disciplinaires ou civiles limitées, plutôt que de viser un effondrement total de la procédure avec des condamnations massives.