Licenciement pour faute grave : échelonnement d’une dette salariée et ATD prétendument non transmis

Licenciement pour faute grave : échelonnement d’une dette salariée et ATD prétendument non transmis

Bonjour,

J’aimerais recueillir des avis sur la contestation de mon licenciement pour faute grave devant le conseil de prud’hommes.

J’ai travaillé environ un an et demi comme assistante administrative et comptable dans une entreprise de plus de 11 salariés. Je n’avais jamais reçu d’avertissement ni fait l’objet d’une sanction disciplinaire auparavant.

La lettre de licenciement me reproche principalement deux faits.

1. L’échelonnement d’une dette personnelle liée à des commandes réservées aux salariés

Je reconnais avoir échelonné le règlement de commandes personnelles sans demander préalablement l’autorisation de la direction.

Toutefois, je n’ai rien dissimulé : la somme restant due figurait dans le fichier de suivi mensuel, des prélèvements étaient programmés et mes nouvelles commandes étaient bloquées jusqu’à régularisation. À ma connaissance, les échelonnements des dettes des salariés étaient habituellement gérés par le service comptable sans validation systématique de la direction. Les retards et règlements apparaissaient également dans les fichiers examinés lors de points réguliers avec le directeur.

Je demande actuellement à l’entreprise un état complet de mon compte, avec toutes les factures, les règlements et leur affectation.

2. La prétendue non-transmission d’avis à tiers détenteur

L’employeur affirme que je n’aurais pas transmis certains ATD me concernant. Je conteste formellement avoir reçu, conservé ou volontairement dissimulé ces documents.

Le courrier de l’entreprise était ouvert et traité par plusieurs personnes du service comptable. L’employeur devra donc, selon moi, démontrer que j’ai personnellement reçu les documents concernés et que j’ai volontairement empêché leur traitement.

Lors de l’entretien préalable, j’ai reconnu l’échelonnement, mais j’ai contesté toute rétention d’ATD. Mon responsable a par ailleurs indiqué que mon travail était très bien réalisé. Je n’avais pas de fiche de poste détaillée ni, à ma connaissance, de procédure écrite qui m’aurait été personnellement communiquée sur ces deux points.

Je compte demander au conseil de prud’hommes, au minimum, d’écarter la faute grave. Je me demande également si les circonstances peuvent permettre de faire reconnaître un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Selon vous :

  • l’échelonnement reconnu peut-il, à lui seul, caractériser une faute grave malgré l’absence de dissimulation et de sanction antérieure ?

  • l’employeur doit-il prouver que j’ai personnellement reçu et retenu les ATD ?

  • une procédure interne non signée et sans preuve de transmission pourrait-elle m’être opposée ?

  • quels documents ou témoignages seraient les plus utiles pour démontrer que les échelonnements étaient une pratique connue ou tolérée ?

  • le dossier vous paraît-il suffisamment solide pour faire au moins écarter la faute grave ?

Merci par avance pour vos avis.

Bonjour,

D’autres ATD que ceux vous concernants ont-ils été « égarés » ?

Combien d’ATD ont été non transmis à votre hiérarchie et sur combien de temps ?

Bonjour,
Pas à ma connaissance, apparemment 3 en sachant que sur une date où il y en avais un qui devait être reçu j’étais en arrêt maladie.

L’employeur doit en effet prouver aux prudhommes que c’est vous qui avez commis la faute. Il n’a pas besoin de prouver que c’était intentionnel, trois courriers importants non traités, avec un sérieux risque financier pour l’employeur (qui peut devenir solidaire de votre dette à l’égard du créancier), c’est une faute grave même si c’est une négligence.

Le tribunal a un pouvoir d’appréciation : trois courriers relatifs à une saisie mystérieusement oubliés, alors qu’ils concernent la même débitrice qui est par ailleurs en charge de traiter le courrier, c’est au minimum suspect.

Il ne faut pas prendre en compte que le volet disciplinaire. Le dossier a aussi une dimension civile et pénale qui sont indépendants du volet disciplinaire.

Votre employeur peut échouer à prouver la faute grave devant les prudhommes, puis déposer plainte et laisser la police mener l’enquête. Si vous êtes condamnée pour avoir fait obstacle à la saisie, votre employeur pourra demander une indemnisation de son préjudice, y compris le remboursement des sommes versées suite au jugement des prudhommes.

Le fait d’avoir fait appel à un complice et donc de ne pas avoir commis directement les faits vous exposerait aux même peines.

Les prudhommes sont une procédure civile où la preuve doit être « loyalement » obtenue, fournie par les parties et où l’employeur est défavorisé sur ce plan, et personne ne peut être contraint de témoigner.

Au pénal, les parties ont une grande liberté pour se procurer des preuves (y compris commettre certaines actions illégales), il y a une enquête menée par la police, et les témoins sont obligés de témoigner.

Si vous êtes innocente, oui, il faut envisager un recours devant les prudhommes, après avoir consulté votre avocat ou un défenseur syndical. Il faut vraiment vous faire assister car ce que vous décrivez pourrait être un acte de malveillance commis à votre égard, ou le geste d’une personne ayant cru vous rendre service. Il ne faut pas vous créer des ennuis plus graves et il sera peut-être nécessaire de déposer plainte.

Si vous avez directement ou indirectement fraudé, pas la peine de contester un licenciement pour faute grave pour finir avec un casier et une condamnation à verser de lourds dommages et intérêts. Et les faits décrits étant graves, la police prendrait probablement l’affaire au sérieux.

Si vous souhaitez davantage de conseils sur ce forum, il faudrait préciser si vous voulez qu’on parte du principe que vous :

    1. n’avez rien à voir avec le problème
    1. commis une erreur involontaire
    1. volontairement soustrait ces documents

Ce n’est pas pour vous faire la leçon ou vous mettre mal-à-l’aise, mais la stratégie ne sera pas du tout la même.

Merci de votre réponse, je n’ai pas réceptionné ces courriers je n’ai même d’ailleurs reçu aucun ATD chez moi, j’avais d’ailleurs déjà un ATD en cours dans mon entreprise qui était pris sur mon salaire et justement ça m’arrangeait.

Dans ce cas envisagez de voir un avocat, car il faudra envisager un dépôt de plainte contre la personne qui a fait disparaître ces courriers.

Trois courriers concernant des saisies envoyés à votre employeur qui disparaissent, ça fait beaucoup pour être une simple négligence ou un accident. Soit quelqu’un pique le courrier de l’employeur en gros, soit il vous cible, par maveillance ou volonté de vous « rendre service ».

Il n’y aurait pas à votre connaissance dans l’entreprise une personne ayant un intérêt direct ou indirect dans vos procédures de saisie, ou ayant un intérêt envers vous, pour des raisons matérielles ou affectives ?